La bière et la brasserie... d'hier et d'aujourd'hui
L'histoire de la bière commença avec la cervoise des Gaulois : les romains notent que les "Belgae" brassent une boisson alcoolisée avec de l'orge et du blé. On boit également de la cervoise dans la province Germania inferior (territoire situé à l'est de l'axe Anvers-Charleroi).
Pendant la période franque, le brassage est resté une tâche domestique de tous les jours. CHARLEMAGNE réussit à créer quelques brasseries impériales. En 843, il sépare son royaume des Francs en trois parties, une partie ouest jusqu'à l'Escaut, une partie est, à l'est du Rhin et au milieu, la Francia Média… Cette dernière céda des territoires au Royaume à l'ouest, de sorte, qu'en 925, l'Escaut devient la frontière entre le Royaume de France et l'Empire Germanique.Le Comté de Flandres tombe sous la coupe du roi de France, le Brabant, Liège et le Hainaut sous celle de l'empereur germanique.
Ename, près de Audenarde, est devenu un bastion allemand très important de défense de la frontière. La bière d'Abbaye de la brasserie ROMAN se réfère à l'important monastère d'Ename.
A cette époque, dans la Flandre, on continue à travailler avec du "gruyt", un mélange d'épices, qui donne du goût à la bière, mais qui n'a pas les qualités bienfaisante du houblon, qui désinfecte, conserve et stabilise la bière. Les bières brabançonnes DIESTERS ou LIERSE CAVES gagnent en qualité.
Au Moyen-Age, l'histoire brassicole en Flandres et en Wallonie est similaire. Dans toute la Belgique, l'Église fait ériger des monastères, où les moines disposent de bonnes matières premières et pas mal de connaissances du brassage. C'est ainsi qu'est brassée une bière d'abbaye convenable dont les exemples sont VILLERS-LA-VILLE, FLOREFFE, LEFFE, TONGERLO et AFFLIGEM.
Des guildes des brasseurs voient le jour dans des villes comme Bruxelles, Bruges, Audenarde, Liège et Namur.
Aux 17 et 18èmes siècles, quelques bières régionales acquièrent une notoriété plus large grâce à leur qualité et au prestige de leur ville, mais surtout à une situation favorable le long de voies d'eau qui facilitent leur transport (HOEGAARDEN de Louvain, UITZET de Wetteren, ZOTTEGEM, BRYUNEN de Malines, ZOEG de Tirlemont ou encore ZEEF d'Anvers...).
La Belgique reste soudée sous les Espagnols, Français, Autrichiens ou Hollandais. La plupart des auteurs brassicoles considèrent que c'est cette succession d'occupations qui a conduit à l'énorme variété du paysage brassicole belge.
Avant 1887, l'activité brassicole ne disposait pas de tous les atouts disponibles, c'est grâce aux expositions universelles que les brasseries belges prirent connaissance du matériel mis au point en France et en Allemagne, ainsi que les travaux de PASTEUR, CARRÉ et BAUDELOT.
Les constructeurs nationaux devinrent alors des pionniers, tels MEURA avec le premier filtre à moût en 1900 et VAN DEN HALLE fut professeur de brasserie dès 1887.
A partir de 1893, le Petit Journal des Brasseurs s'imposa en tant que véritable organe de diffusion au sein de la profession.
En 1885, la France exportait en Belgique 12 000 hl, un siècle plus tard, grâce à l'amélioration constante de son outil brassicole, la Belgique allait exporter en France 1 666 000 hl…
Au début du 20ème siècle, chaque village de Belgique possédait une brasserie et, souvent, plusieurs... Le brasseur faisait partie des notables comme le curé, le docteur, le maître d'école.
Compte tenu de la faible densité de ses bières avant 1900, la Belgique a toujours importé des bières allemandes, anglaises et danoises. Après la Grande Guerre, les pale ale (BASS, WHITBREAD, JOHN MARTIN, JOHN SMITH) et les scotch anglaises supplantèrent les importations d'Allemagne. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les Danois prirent la tête. En 1986, les importations furent de 237 920 hl en provenance du Danemark pour 150 505 hl en provenance de Grande Bretagne.
Afin de remédier à ces importations, l'industrie brassicole belge entreprit, dès 1904, d'organiser un concours, d'où sortirait un type de bière, le "type belge", d'une densité de 4,5 à 5°. Deux brasseries connues remportèrent le prix lors de l'Exposition Universelle et Internationale de Liège en 1905, les brasseries ARTOIS de Louvain et la brasserie de KOEGELBERG de Bruxelles. Ce fut la consécration de la bière blonde de fermentation basse. Et en 1927, ARTOIS allait lancer la STELLA, qui fit connaître la Belgique hors de ses frontières, jusqu'en Australie.
Toutefois, une seconde révolution se préparait, la refermentation en bouteille. Ainsi, après 1945, vit-on naître un nombre croissant de bières de fermentation haute avec refermentation en bouteille (CHIMAY, DUVEL, AFFLIGEM, etc…), fleuron de l'industrie brassicole belge.
Si, dès le début du 20èmesiècle, les brasseurs belges s'implantèrent à l'étranger, BROGNIEZde Lichtervelde en Indiana, MONTULET-PIEDBOEUF de Liège en Corse en 1900, BRASSERIE DES PYRAMIDES au Caire, SA BRASSERIE D'ALGER en 1906. Cette tradition ne fait que s'accentuer avec les groupe API (ARTOIS-PIEDBOEUF INTERNATIONAL) et UNIBRA, qui ont établi des brasseries dans des pays lointain (Chine, Afrique).
Une étude de 1982 indique que les Wallons apprécient plus le doux amer et les Flamands l'aigre-doux : les brasseurs wallons optent pour des bières avec un caractère malté et amer souvent fortement aromatisé comme à la brasserie DU BOCQ de Purnode ou la Brasserie de SAINT-MONON, la brasserie FANTÔME d'Érezée où le brasseur Dany PRIGNON brasse en chaque saison avec les fruits et aromates qu'il trouve ; les quelques brasseurs flamands proposent des bières brunes aigres-douces (DE DOLLEBROUWERS, WESTVLETEREN, KERKOM), mais on peut également trouver des bières fruitées comme la REGENBOOGavec dates et pépins de pamplemousse ou les bière de la brasserie HUYGHE...
Les grandes brasseries ont su tirer leur épingle du jeu, et la barrière linguistique n'est plus de mise: les bières de l'Abbaye de MAREDSOUS sont fabriquée par la brasserie MOORGAT à Breendonk, ALKEN-MAES brasse toutes ses bières à Jumet, à côté de Charleroi, les bières CORSENDONK sont fabriquées par VAN STEENBERGE et DU BOCQ.
Énormément de brasseries et de types de bières ont disparu dans le triangle, pourtant fort pourvu, Gand-Bruxelles-Anvers et autour de Charleroi et de Liège. Tout ceci car les ouvriers, relativement bien payés, ont opté pour une bière meilleure et donc plus chère... Mais chaque région (Flandre, Wallonie ou Bruxelles) fait ses propres spécialités toutes différentes les unes des autres.
En 1910, la Belgique comptait 3 349 brasseries. Mais les deux guerres mondiales allaient mettre à mal toutes ces petites brasserie : en 1950, il n'en restait que 2 013 puis en 1960, 663...
Entre 1960 et 1990, les grandes brasseries vont acheter leurs collègues plus petites, récupérer les fichiers clients et fermer ces petites brasseries.
A l'heure actuelle, toutes les brasseries adhèrent à la CONFÉDÉRATION DES BRASSERIES BELGES, qui est une des plus anciennes associations professionnelles au monde. En 1999, elle compte 112 membres et en 2008, 134.
Maintenant, près de 150 brasseries brassent plus d'un millier de bières différentes et ce, grâce à leur arme secrète, les levures. Certaines brasseries cultivent elles-mêmes leurs propres levures.