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La bière et la brasserie... d'hier et d'aujourd'hui

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LA BIERE ET LA FEMME

 

Dès le début, le brassage est l'apanage de la femme dans le berceau de l'humanité.


  dieu-hammurabi

Boisson sacrée dans sa conception, la bière était roturière dans sa commercialisation : à Babylone, la bière est l'apanage des Tsabitus, tenancières de « maisons de la bière ». Elles servent la bière dans des coupes d'or ou de terre selon le rang du client. Par contre, la bière est interdite aux prêtresses. Le code d'HAMMURABI(1728-1685 avJC) est implacable en la matière : « Toute prêtresse ou grande prêtresse vivant non cloîtrée, sera, si elle ouvre une maison de bière ou si, visitant une maison de bière, y consomme de la bière, condamnée à être brûlée par le feu. ».

 

 

                                                                                                                                             Hammurabi dictant son "code"

 

Marcel GOCAR, historien belge de la bière, notait : « Il fut une époque au cours de laquelle la bière se consommait uniquement dans des temples, servie par des prêtresses. Elle avait alors une signification religieuse et, seules les femmes pouvaient procéder à sa fabrication... ».

 

Dans la mythologie germanique, on peut lire : « Ce roi était déjà marié à Signy quand il épousa Geirhild sur le conseil d'un de ses courtisans qui l'avait vu faire de la bière. Mais les deux femmes ne purent s'accorder et le roi décida de garder celle qui lui ferait la meilleure bière à son retour de la guerre. Alors, les deux reines rivalisèrent d'adresse dans la confection de la bière. Signy implora Freysa, mais Odin assura le triomphe de Geirhild en lui prêtant sa salive comme levure. »

 

Chez les hommes du nord, boire abondamment était perçu comme un acte d’héroïsme. On prête serment aux dieux comme à son roi ou à son chef avant de gigantesques beuveries et pendant ce temps là, les femmes n'arrêtent pas de brasser pour satisfaire les dieux et les hommes... Dans son ouvrage « Poisons sacrés et ivresses divines », Philippe DE FELICEdisait : « La confection du breuvage incombait aux femmes, peut être en souvenir du temps où seules elles s'adonnaient à la culture des céréales... La femme scandinave exerçait donc dans ce domaine, comme dans d'autres, un véritable sacerdoce. Les Scaldes la nomment avec une prédilection marquée pour ce titre, la déesse de la bière ».

 

De la Gaule au Moyen-Age, la bière reste une affaire de femmes, qui brassent à la maison. La plus célèbre d'entre elles fut, sans aucun doute, la femme de LUTHER, dont les outils de brasseuse faisaient partie de la dot.

 

L’Église catholique dépossédera la femme de la bière pour en faire un « attrape-pèlerin », car moins chère que le vin que les moines offraient aux pèlerins dans leurs abbayes et couvents.

 

Cependant, la relation bière/femme ne se limite pas là : pour parler de l'une ou de l'autre, les hommes utilisent les mêmes mots (blonde, brune, rousse...). Il ne faut pas non plus oublier les connotations allusives aux seins des nourrices et des belles serveuses. (J.C. COLIN)

 

 

N'oublions pas de citer le regretté Ronny COUTTEURE, qui nous rappelle, dans son ouvrage « le Temps de la Bière » un très ancien poème celte chanté par les bardes (aux éditions de la voix du nord).

 

Elles changeaient la mer en miel,

Le sable de la mer en orge,

La vase de la mer en malt,

Les galets de la mer en sel,

Les bocages en champs de pain,

Les bords des prés en champs de blé,

Les collines en fins gâteaux,

Les montagnes en œufs de poule,

Car telle est la puissance de la bière.

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