La bière et la brasserie... d'hier et d'aujourd'hui
Actuellement, les Bières d'Abbaye ne sont plus brassées par les abbayes, elles sont nées de la collaboration entre une abbaye (qui permet d'utiliser son nom contre des royalties) et une brasserie (qui s'occupe du brassage de l'embouteillage et de la distribution).
Dès le moyen-âge, l’Église adopte la bière, boisson populaire et rentable, afin d'attirer les pèlerins à moindre frais, mais aussi pour garantir une boisson saine aux locataires de ses abbayes, les moines. En effet, il n'était pas rare que l'eau puisse être contaminée. La bière, par le fait qu'elle nécessitait de faire bouillir l'eau qui la compose, constituait une boisson facile à fabriquer et plutôt saine...
Au fil des siècles, la qualité de la bière s’améliore au point qu'elle fait la renommée des couvents qui la produisent. Vers l'an 1000, on estime à environ 500 le nombre de brasseries monacales. La bière monastique est le fruit d'une longue transmission de père brasseur en père brasseur et d'une perpétuelle amélioration, rigoureusement consignée dans les écrits des moines.
Saint BENOIT lui-même prévoit que les moines doivent produire eux mêmes tout ce dont ils ont besoin pour vivre, et évoque la consommation modérée du vin par les moines. Mais beaucoup de monastères ne possède pas de vigne, et le vin est un produit plutôt réservé aux visiteurs de prestige. Les moines eurent tôt fait de lui substituer la cervoise, plus facile à élaborer, de l'eau, des céréales trouvables partout, et les céréales pouvant être stockées, la fabrication de la bière pouvait se faire tout au long de l'année.
On crédite les moines de la découverte du houblon dans la bière, mais aussi de la production des premières bières de fermentation basse (selon des documents du 15ème siècle découverts dans un couvent de Munich). La cervoise houblonnée (cervesia lupulina) apparaît pour la première fois dans une charte de l'abbaye de SAINT DENIS en 768. Ce sont les Bénédictins qui introduisirent la fabrication de la bière au houblon en Lorraine par exemple. On distinguait alors la BIÈRE DES PÈRES, bière forte destinée aux moines et la BIÈRE DES COUVENTS, plus faible en alcool, destinées aux moniales.
Jusqu'à la Révolution Française, pratiquement toutes les brasseries françaises et belges brassaient pour leur propre consommation. Mais la tradition séculaire du brassage des abbayes s'est éteinte lorsque l'Assemblée Nationale (qui dirigeait la France depuis 1790) a décidé de supprimer les nombreux ordres religieux et de nationaliser les terres de l'Église et d'utiliser cet argent pour mettre de l'ordre dans les finances de l'État.
Lorsque l'Armée Française, sous le commandement du général JOURDAN, a battu l'Armée Autrichienne de Friedrich Josias von SACHSEN-COBURG, le 26 juin 1794 à proximité de Fleurus, la Belgique a été conquise par le France. Suite à cette annexion, toutes les lois françaises y ont été mises en application. Cela signifiait la fin de la vie monacale et donc du brassage dans les lieux fréquentés par les moines.
Pendant la période d'occupation française (1794-1815) et hollandaise (1815-1830), il n'a subsisté en Belgique que quelques monastères, le plus souvent dans l'illégalité : un Arrêté Royal de 1818 du roi des Pays Bas WILHELM 1er a interdit aux monastères existants d'accueillir des novices. Mais l'indépendance de la Belgique va changer les choses.
Le 7 février 1831, la Belgique se dote d'une constitution des plus progressistes en Europe : garantie de la liberté du culte et la liberté d'association... Plus rien ne s'opposait au retour des monastères. Mais ces monastères ne disposaient plus des vastes terres agricoles qu'ils possédaient auparavant et ne pouvaient plus cultiver eux-même les céréales de base pour la confection de la bière. De plus, le nombre de moine étant en baisse, il était moins coûteux d'acheter la bière chez le producteur local plutôt que d'essayer de créer une brasserie, ce qui coûtait extrêmement cher. Au début du 19ème siècle, les habitudes de consommation ont également changé dans les monastères : les céréales sont devenues cher, donc le prix de la bière a augmenté ; les moines se sont rabattus sur le thé et le café.
Chez les Trappistes, il y a eu donc peu de monastères qui ont recommencé à brasser : TONGERLO (1844-1848), AFFLIGEM (1885-1917 et 1920-1940), BONNE ESPÉRANCE (1896-1940) et STEENBRUGGE (1914-1940). Mais, il a fallu attendre 1929 pour qu'un brasseur ne se rende compte du potentiel commercial d'une bière brassée dans le style des Trappistes : Hendrick VERLINDEN de Brasschaat a alors créé la WITKAP PATER, ensuite, une deuxième arrive, c'est la bière SINT BERNARDUS qui fut brassée à la brasserie WATOU en collaboration avec les Trappistes de WESTVLETEREN.
La première brasserie trappiste de type moderne a vu le jour en 1949 : c'est une collaboration de l'Abbaye bénédictine de MAREDSOUS avec la brasserie du FÉLEAU de Châtelineau, disparue maintenant. En 1952, est né le leader du marché, la LEFFE. La même année, la brasserie du FRIART du Roeulx, a lancé la SAINT FEUILLIEN. Dans les années 1950-1960, les bières d'abbayes ont poussé comme des champignons : AFFLIGEM (1956), GRIMBERGEN (1958), FLOREFFE (1963), puis dernièrement RAMÉE (1996).

Finalement, en 1998, est né le logo « BIÈRE BELGE D'ABBAYE RECONNUE », lancé par les brasseurs belges pour souligner le caractère belge du concept « Bière d'Abbaye » et de faire la distinction entre les bières commercialisées en collaboration avec une abbaye et les autres, qui prennent le nom d'abbaye sans verser la moindre forme de royalties aux moines.
La première bière d'abbaye exportées en France fut la LEFFE : à partir de 1954, date à laquelle ARTOIS a pris possession de la marque, des quantités, somme toute limitées, ont été vendues en France, mais sans grand succès. En 1960, ARTOIS rachète la brasserie MOTTE-CORDONNIER de Armentières (59) et refait une tentative pour placer sa LEFFE, mais sa bière brune ou triple ne fait pas le bonheur des Français. Il fallait une blonde pour satisfaire les Français : en 1967, Albert LOOTVOET, le père des bières LEFFE, crée la LEFFE BLONDE. Elle eut un franc succès en France, mais pas en Belgique...
Fin des années 1980, BENVINKEN, entre chez INTERBREW (ex ARTOIS) comme marketing manager pour les bières spéciales. Sur le marché, il y a alors les VIEUX TEMPS, GINDERALE, HORSEALE face à la PALM, leader du marché. En 1989, il est nommé directeur général à Mont Saint Guibert, où la LEFFE était brassée. Il saisi sa chance et à l'été 1990, 20 000 cafés sont inondés par la LEFFE BLONDE. Cela n'a pas plus à la direction du groupe à Louvain, et BENVINKEN dut quitter le groupe. Mais, la LEFFE BLONDE constituait alors 70% de la vente de cette bière d'abbaye.
Ces sous-bock font partie de
ma collection personnelle...